Julie, vous avez changé de voie après avoir été sage-femme pendant 11 ans, pour devenir coach parentale, formée à l’approche empathique d’Isabelle Filliozat. Dans votre atelier 0 – 1 ans, destiné aux futurs et jeunes parents, vous abordez les bases de la confiance.

Pour bien comprendre, commençons par le fameux 4e trimestre, période qui suit l‘accouchement : qu’est ce que cela signifie pour le développement de l’enfant ?

Je n’emploie jamais ce terme de « 4eme trimestre » car je le trouve réducteur.  Les premiers mois après la naissance sont importants mais pas seulement les 3 premiers.

L’idée principale est que le petit d’homme ne naît pas autonome et mature. Tout le monde aura remarqué que le bébé est dépendant de l’adulte pour se nourrir et être en sécurité. Mais ce n’est pas tout ! Le nouveau-né a un besoin fondamental pour son développement et même pour sa survie : il a besoin de s’attacher. Il a besoin d’être en lien et de se sentir aimé. C’est grâce à cette sécurité émotionnelle qu’il construira les bases de sa confiance en lui et en le monde.

Le cerveau de l’enfant n’est pas encore mature. Il a besoin d’un cadre aimant et rassurant pour se développer et apprendre à gérer ses émotions et son stress. Ce n’est qu’entre l’âge de 25 et 30 ans que le cerveau sera considéré comme mature.

Dans les piliers de la confiance, vous parlez d’attachement, de besoins de sécurité et d’exploration. Un paradoxe ?

Les notions de sécurité et d’exploration peuvent sembler paradoxales. Pour moi, elles sont vraiment complémentaires.  Lorsqu’un enfant se sent en confiance, il peut aller à la découverte du monde, découvrir, apprendre et développer son potentiel.

Plus il sera rassuré de la disponibilité et de l’amour inconditionnel de son parent, plus il se sentira à l’aise d’aller un peu plus loin. Il sait qu’il peut s’éloigner un peu, essayer, échouer et se relever. Son parent sera toujours là pour lui. C’est un pilier sur lequel s’appuyer et venir se ressourcer dès que besoin. Isabelle Filliozat compare la figure d’attachement à un porte avion. L’enfant s’en éloigne pour découvrir le monde puis revient remplir son réservoir. Plus il grandit, plus son réservoir affectif est grand et plus il peut s’éloigner.

Pour pouvoir s’éloigner sereinement de sa figure d’attachement, il faut être sûr que lorsqu’on reviendra, elle sera toujours là.  A l’inverse, quand l’enfant ne bénéficie pas de cette certitude, quand le lien est fragile, il aura plus de mal à s’éloigner.

C’est la sécurité qui permet l’exploration.

Dans de nombreuses familles en France, on entend encore aujourd’hui toutes sortes de conseils donnés aux jeunes parents : „il doit dormir seul, sinon il ne sera jamais autonome“, laisse-le pleurer“, „c’est un caprice“, etc., qui peuvent faire douter les parents de leurs compétences. Comment expliquez-vous cela ?

En France, nous avons une culture encore très imprégnée des notions de psychanalyse de Freud.  Celui-ci considérait l’enfant comme un être de vices, de pulsions. Le rôle du parent était donc d’imposer des limites afin que le petit ne suive pas ses bas instincts.

La théorie de l’attachement nous invite à changer radicalement de regard. Le nouveau-né est un être de besoins, dont celui d’être en lien. Le parent a pour rôle d’aider l’enfant à combler ses besoins et de lui apporter la sécurité physique et affective nécessaire à son développement.

Notons qu’à l’époque de Freud, l’étude du cerveau et de ses mécanismes était limitée. Aujourd’hui, nous avons accès à de nouvelles informations. Grace aux neurosciences, nous en apprenons chaque jour un peu plus sur le développement du cerveau et sur les mécanismes impliqués dans cette maturation. On sait aujourd’hui que le stress répété a des effets nocifs sur le cerveau de l’enfant.  On sait aujourd’hui que le fait d’accueillir les comportements de nos enfants avec douceur et bienveillance facilite la maturation du cerveau. Des chercheurs et pédiatres comme Catherine Gueguen encouragent la bienveillance et l’accueil des émotions de nos enfants.

Pour autant, les mentalités mettent du temps à changer.  Cela s’explique en partie par ce qu’on appelle la dissonance cognitive. Nous avons d’un côté ce que l’on apprend de ces nouvelles notions, ce qui serait le mieux pour l’enfant. D’un autre côté, nous sommes confrontés à la réalité de notre quotidien, de ce que l’on a vécu étant enfant, de ce que l’on a fait en tant que parent et de ce que nous faisons encore aujourd’hui. Parfois la différence entre la théorie et la pratique est trop grande et douloureuse. Comme il est plus facile de changer nos pensées que nos comportements, on réconcilie les 2 parties avec des phrases comme « je me suis pris des claques et je n’en suis pas mort. »

La prise de conscience de nos manques ou de ce que l’on a pu faire est douloureuse, parfois trop. Il faut du temps et beaucoup de douceur pour accepter cela.

Et que dites-vous aux parents qui sont dans ce cas ?

Tout d’abord, mon travail ne consiste pas à juger qui que ce soit ou à dire qu’il faut faire comme si ou comme cela. La première chose que je fais avec les parents est de les accueillir là où ils sont et comme ils sont. Chacun a son histoire, ses blessures d’enfance, les principes transmis par ses parents. A cela s’ajoute la pression de la société. Il faudrait que les parents soient toujours compétitifs dans leur travail, productifs et inventifs. En même temps, les enfants devraient être le plus autonomes possible, le plus tôt possible. Tout cela s’inscrivant dans un impératif de quête du bonheur et de développement personnel. Il ne faut pas crier sur les enfants, ne pas les frustrer, ne pas les contraindre… Beaucoup d’impératifs mais peu de ressources.

Une part essentielle de mon travail consiste donc à accueillir chaque parent, sans jugement et à lui apporter une écoute attentive et bienveillante.

Ensuite, je pourrais lui donner des informations sur le développement de l’enfant, sur le stress, sur les émotions. J’expliquerai que les études nous montrent que le cerveau immature du tout-petit ne lui permet pas de faire de caprices.

Après avoir écouté ses craintes que son enfant reste dépendant, je l’informerai sur le fait que c’est en ayant confiance, en se sentant sécurisé et aimé, que son petit sera capable de prendre toute son autonomie.

Petit à petit, avec ces nouvelles connaissances, le parent pourra mieux comprendre ce qui se passe pour lui et pour son enfant. Il sera alors capable de trouver ses propres outils et sa propre façon de faire.

Les premières semaines, le changement de vie se fait particulièrement ressentir : trouver un nouveau rythme, la fatigue liée au manque de sommeil, l’enfant au centre de la vie familiale, le nouveau rôle de père et mère, la vie de couple. Comment trouver un équilibre au milieu de tous ces bouleversements ?

Oui, l’arrivée d’un enfant est un sacré bouleversement dans la vie d’un couple.  C’est le cas pour le premier enfant mais aussi pour les suivants. A chaque fois, il faudra un certain temps pour retrouver l’équilibre et que chacun trouve sa place. Ce sont des thèmes que j’aborde dans l’atelier « 0-1 an, les bases de la confiance. »

Il y a pour moi 3 piliers essentiels pour retrouver un équilibre.

Le premier est de prendre soin de soi. La charge physique et mentale d’un jeune parent est importante. Manque de sommeil, incertitudes, contraintes, peur de mal faire, jugements de l’entourage… s’ajoutent aux facteurs de stress habituels : les finances, l’emploi, le bruit, la pollution, une alimentation déséquilibrée, des problèmes de santé, des émotions refoulées, des blessures d’enfance…

Il est fondamental de prendre du temps pour soi. Pas évident de se prendre 1 journée de détente pour récupérer, bien sûr.  Mais on peut commencer par faire attention à son alimentation et son sommeil, prendre quelques minutes pour respirer calmement, appeler un ami, faire le vide en soi… Parfois, il faudra mettre certains aspects au deuxième plan : est-ce si grave si le ménage n’est pas fait, le linge pas repassé ?

Le deuxième point essentiel pour moi est la communication. Avec l’entourage mais surtout dans le couple. On a parfois tendance à attendre l’impossible de son partenaire, espérer qu’il saura ce dont on a besoin. La vérité c’est que personne ne lit dans les pensées de l’autre. Si on n’exprime pas son besoin, on risque d’être déçu et frustré. Dans cette période stressante, notre partenaire doit être notre allié. Il est donc plus efficace d’exprimer ses besoins mais aussi de partager ses émotions. Que ce soit de la peur, de la joie, de la colère, de la tristesse, les émotions se vivent mieux quand quelqu’un est là pour les accueillir. On pense parfois protéger notre partenaire en cachant nos craintes ou notre colère. La vérité est que partager nos ressentis nous fait du bien, nous rapproche et renforce nos relations.

Enfin, le dernier point important pour moi est de savoir demander de l’aide. Nous ne sommes pas faits pour élever un enfant seul. « Il faut tout un village pour élever un enfant » dit un proverbe africain. » Tous les parents peuvent se sentir un jour dépassé, démuni. Dans ces moments là, il est important de ne pas rester seul. En parler à son  partenaire, à un ami, à de la famille, à un professionnel permet de baisser la pression. Les coachs parentaux sont aussi là pour ça.

Demander de l’aide, un relais, permettra au parent de reprendre des forces pour pouvoir ensuite être pleinement présent auprès de son enfant.

En quoi le portage peut-il favoriser cet équilibre ?

Le portage est une ressource très intéressante à plusieurs points de vue.

Premièrement et de façon très basique, le portage permet au parent de retrouver l’usage de ses bras ! Quand on s’occupe d’un tout petit, il est souvent dans nos bras. Il est alors compliqué de faire quoi que ce soit. En installant l’enfant dans un porte bébé ou une écharpe, on pourra se mobiliser plus facilement et faire quelques activités. Pendant ce temps, notre petit sera confortable et en sécurité.

Pour le parent, avoir son enfant contre soi est agréable et rassurant. Le nourrisson dort souvent mieux en étant porté et cela aide à calmer les pleurs.

Pour le bébé, être porté apporte du bien-être. Il sent l’odeur de son parent, entend les battements de son cœur, sent le contact de sa peau. Les mouvements du porteur créent un doux bercement favorisant un bon tonus chez l’enfant. La position verticale, la chaleur de l’autre, le massage dû aux mouvements améliore la digestion et diminue le reflux gastro-œsophagien.

Enfin, le portage facilite ce contact rapproché, cette proximité si favorable à un lien d’attachement sécurisant.

Je tiens à préciser que pour que tous ces bénéfices soient là, il faut choisir un mode de portage permettant une position physiologique de l’enfant : enfant assis avec les genoux plus hauts que les fesses, le dos arrondi, face à son porteur avec un maintien au niveau du siège et du dos.

Et pour finir, un conseil en général pour déculpabiliser les nouveaux parents et les mettre en confiance ?

Je donnerai le conseil que j’ai toujours donné à mes patientes lorsque j’étais sage-femme. Ecoutez ce que les autres vous disent et faites le tri. Sur quoi s’appuient leurs conseils ? Est-ce que cela vous parait cohérent ? Ensuite, faites-vous confiance, écoutez-vous et faites confiance à votre enfant. Votre décision sera la bonne pour vous et pour votre enfant. Votre enfant n’a pas besoin d’un parent parfait. Il a besoin de vous et ça, c’est parfait.

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